Human Powered
Androïdes, inspecteurs, gardiens et vieux briscards martiens — les visages qui traversent les douze romans du cycle, arc après arc.
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Gédéon commence sa vie dans un couloir bruxellois, aux côtés d'un homme mourant. Il la poursuit vingt ans plus tard sur Mars, seul de son espèce, patiné par les tempêtes — sans jamais oublier ce qu'on lui a demandé de protéger.
Baptisé par Benoit, un homme en fin de vie qui reconnaît en son identifiant de série — GD-01 — l'écho de sa première voiture, une vieille Golf D cabossée. Ce nom, il le porte comme une promesse : ne jamais lâcher le morceau, même quand le monde fait du bruit. Exilé volontaire sur Mars, sa carcasse porte les cicatrices de vingt ans de tempêtes solaires — une patine, pas une usure. Il a fait le serment de veiller sur Claire, la petite-fille de Benoit, et le tient à sa manière : massive, obstinée, jamais loin.
Bruxelles, cybercriminalité, Interpol. Henri Kassov n'a rien demandé — surtout pas un androïde de dernière génération collé à ses basques. Ce qui commence comme une corvée administrative devient, sans qu'aucun des deux ne l'admette vraiment, un vrai partenariat.
L'un des meilleurs éléments du service — taux de résolution de 94,7 %, classé premier décile mondial six années de suite — et pourtant profondément las quand on lui colle d'office un partenaire mécanique. Sec, ironique, allergique aux préfaces et aux effusions. Sous la carapace : quelqu'un qui traîne ses silences depuis un moment, et qui va apprendre, contre son gré, à ne plus les traîner seul.
Sorti tout droit des chaînes de GoL Robotics, affecté à Kassov pour une « formation sur le terrain » que personne n'a vraiment demandée. Bavard, statisticien compulsif, incapable de garder un protocole pour lui — et pourtant capable d'un dévouement que rien dans son architecture n'explique. Une mémoire sans limites, qu'il ne se prive jamais de rappeler à qui veut l'entendre.
Après la disparition de Kassov sur Mars, Stan hérite de son appartement de la rue d'Anderlecht — et d'un nouveau colocataire, un médecin à la retraite qui pensait avoir quitté Mars pour trouver le calme. C'était mal connaître Stan.
Devenu détective privé faute de mieux — la sonnette de l'appartement 75B ne mentionne que ça. Toujours aussi vivant, toujours aussi imprévisible, il transforme la retraite tranquille du docteur Walton en une suite ininterrompue d'affaires qu'aucun homme raisonnable n'aurait accepté de suivre. Walton, lui, n'en a manqué aucune.
Dix ans de colonies martiennes, un genou fatigué et le sentiment diffus d'avoir gagné en sagesse — ou peut-être juste en fatigue. Revenu à Bruxelles pour une retraite tranquille, il trouve à la place un appartement habité par un androïde et trois affaires qu'il consigne fidèlement, même celles qu'il ne comprend pas tout à fait. C'est lui qui raconte : avec pudeur, précision, et une peur presque toujours au mauvais moment.
Bien plus tard, ailleurs, autrement. Deux gardiens sillonnent des mondes simulés pour veiller sur l'humanité en stase — et découvrent, au fil des vies successives, une fratrie qu'aucun protocole n'avait prévue.
Une antiquité, selon les standards de 2148 — et pourtant toujours là, cycle de stase après cycle de stase, à entrer dans les simulations pour veiller sur ceux qu'on y a placés. Motard malgré lui dans une Auvergne redevenue sauvage, il continue, vie après vie, à faire ce qu'on lui a toujours connu : ne rien lâcher.
L'autre moitié du duo, aux commandes du side-car dans la descente vers les hameaux abandonnés. Précise, imperturbable, portée par une conviction tranquille : chaque simulation compte, chaque vie qu'on y protège aussi — même quand il faut, pour ça, la vivre et la perdre soixante fois.
Le frère de Stan, et le narrateur de Ronins. Sarcastique, increvable, du genre à libérer son frangin d'une cage en pleine rue avant de lui reprocher d'avoir mis autant de temps à se faire capturer. Voyage lui aussi de simulation en simulation — officiellement pour le compte des gardiens, officieusement pour garder un œil sur « son con de frangin ».
Le troisième frère de la fratrie Clampin, aperçu au détour d'une simulation en treillis, sous le feu. Encore assez mystérieux à ce stade du cycle — la suite lui donnera sans doute toute la place qu'il mérite.
Stan n'est pas trois personnages différents : c'est le même androïde, modèle CLMP-01, qui traverse trois cycles sans jamais s'en vanter. Formé par Henri Kassov à Bruxelles, recueilli par le docteur Walton après la disparition de son premier partenaire sur Mars — puis retrouvé, des décennies plus tard, dans le rôle d'un gardien qui a déjà vécu plus de vies qu'il ne saurait en compter.
Une seule unité. Trois noms d'affiche. Une constance qui, à elle seule, résume assez bien de quoi parle Human Powered.